En cette époque opaque, trois yeux valent mieux que deux. Pourtant, ce ne sont pas les sources d'information qui manquent pour voir et comprendre. Mais justement, la masse d'informations est devenue telle qu'elle en devient contre-performative. Nous sommes en effet tellement noyés sous les informations que nous ne les suivons plus autant qu'avant, que nous ne faisons plus que les survoler. C'est le même phénomène qu'avec celui de la musique, que pointe Orelsan dans une de ses chansons : "Avant j'écoutais tous les sons, même ceux que j'aimais pas ; aujourd'hui, j'ai 40 gigas de musiques que j'écoute même pas". La trop grande disponibilité a fait que nous avons cessé d'être attentif. L'ère d'abondance qu'offre notre société de l'information est aussi un obstacle pour son élément premier : l'information. En résulte une dégradation non négligeable de celle-ci. Les gens préfèrent aux articles fouillés et responsables des brèves rapides dont ils ne comprennent pas forcément les tenants et aboutissants mais auxquelles ils peuvent réagir rapidement avant de passer à 'autre chose. Et évidemment, il n'est pas difficile de tromper son monde dans un tel contexte. Plus le spectateur est inattentif, plus on peut faire passer des contre-vérités pour des faits authentiques, voire accuser la vérité d'être une fake news pour imposer la sienne, fût-elle au-delà de toute vraisemblance.
Oui, clairement : trois yeux valent mieux que deux. Et c'est bien avec ces trois-là que j'entends décortiquer l'actualité.