dimanche 27 janvier 2019
Une réponse à Onfray
Etrange évocation d’une fantomatique hypothèse de complot… Est-ce sérieux, est-ce rationnel ? A-t-il réfléchi au fait que la mise en cause systématique des «versions officielles», des «émotions médiatiques», des «discours dominants» est une modalité permanente de la rhétorique complotiste selon laquelle des forces obscures manipulent par définition la conscience publique ? Le Figaro. L’émotion a-t-elle remplacé la raison ? Cela nous empêche-t-il de percevoir les véritables enjeux géopolitiques contemporains ? Michel Onfray. Oui, bien sûr. Il faut des bons mots, des petites phrases, des images chocs avec lesquelles on retient bien plus volontiers son public qu’avec une longue analyse fine, précise, argumentée, savante. Un clou chassant l’autre, ce qui est majeur un jour cesse de l’être le lendemain. La religion de l’instant présent dans laquelle communient les médias exige qu’on renvoie l’histoire à la poubelle. Interdire une question, c’est empêcher sa réponse. Criminaliser la seule interrogation, c’est transformer en coupable quiconque se contenterait de la poser. Même suggestion : la photo de l’enfant mort est une manipulation médiatique qui substitue l’émotion à l’analyse «fine, précise, argumentée, savante». L’ennui, c’est que cette idée de substitution ne repose sur rien. Keynes : « L'économie n'est pas un marché où s'échange des biens et services contre d'autres biens et services mais un circuit irriguer par un bien particulier qui est la monnaie ». L’économie est un service qui est irrigué par la monnaie (valeur monétaire). XVII, XVIIIe siècle. A. Smith, D. Ricardo, J.B. Cette économie est une économie dite de grand marché. Ses concepts sont, division du travail et spécialisation A. Smith, la loi des débouchés (J.B. Pour les classiques ou libéraux, l'économie est toujours en équilibre grâce à la fluctuation des prix. XIX, XX et XXIe siècle. L. Walras, A. Marshall, F. Hayek, M. Friedman. De nombreux auteurs, comme Bernard Guerrien ou Daniel Duet contestent la prétention de l'économie orthodoxe à être considérée comme une science. Ces auteurs mettent notamment en cause l'irréalisme des hypothèses du paradigme standard en économie (la transitivité des préférences, le comportement de l'homo oeconomicus, hypothèse de concurrence parfaite, etc). Comme dans les autres disciplines scientifiques, la science économique récompense les travaux révolutionnaires ou les meilleurs économistes. Onfray lit l’Évangile comme un atrabilaire impuissant, méchant et intransigeant, et puis le dénonce à grands cris d’orfraie. Thibon a ce mot, dans Nietzsche ou le déclin de l’esprit : « La haine a besoin de déformer, de calomnier l’objet haï, elle vit de cette déformation ». Le saint Paul d’Onfray, c’est Onfray. Le Jésus symbolique d’Onfray, c’est le dieu imaginaire d’Onfray, prophète nietzschéen de l’éternel retour de l’imposture qui vit au crédit des saints et des sages. Onfray est un âne, généreux de son fourrage de crâne, qui vocifère ses passions tristes avec un cœur froid. Onfray incarne précisément la décadence qu’il dénonce à longueur de talk-show. Il a toute l’entropie d’une soucoupe. Les heurts, les clics et le déclin de Michel Onfray s’écrivent patiemment à mesure que s’étalent ses tristes œuvres et sa pauvre argutie. Le philosophe va jusqu’à conclure son ouvrage par ce lapsus : « le néant est la seule chose dont on soit certain ». Le christianisme de Michel Onfray, c’est son inconscient qui se regarde parler à la télévision. Il est presque pathétique de voir ce malheureux couler sous le poids de son narcissisme intellectuel, le tout avec des airs de divas de Titanic. Mais ce chant du cygne est aussi coupable, car en répandant sa décadence performative, Onfray ne fait pas seulement injure au passé, il veut aussi condamner le présent et l’avenir. Si Michel Onfray veut courir à l’abîme, qu’il y aille seul. Notre génération n’a pas besoin de son « évangile » de la mauvaise nouvelle ni de la haine de soi de ce triste prophète. Chacun sait que nos civilisations sont mortelles, disait déjà Valéry en 1919, et c'est bien la mort de l'Occident que ce livre crépusculaire et torrentiel entend annoncer: le judéo-christianisme est «en phase terminale». «L'Europe est à prendre, sinon à vendre», conclut Michel Onfray, après avoir fait le récit d'une civilisation «née d'une fiction», celle de Jésus, et décrit la Shoah comme le «terrible couronnement» de presque deux mille ans d'antisémitisme chrétien ! Pour avoir longtemps régné en maître, l'Occident d'Onfray, vu sous l'angle de ses exactions et inquisitions religieuses, s'avère en effet peu glorieux. Quels sont dès lors les candidats à la succession, qui précipiteraient le cadavre dans la tombe? Et après nous, le néant. On l'aura compris, il y a ici de quoi alimenter la machine à polémiques qu'Onfray dit déplorer tout en les suscitant. Car si le menu proposé est riche, l'érudition, palpable, des champignons non comestibles parsèment la table du buffet.